# Miami : « To go vegan is the political solution »

A Miami, j’ai rencontré Rane Roatta, exemple de la croissance du véganisme aux USA.

Rane Roatta

Une dread tressée jusqu’au milieu du dos, un regard perçant et un sourire toujours accroché à son visage, Rane Roatta m’accueille à Miami du haut de ses 23 ans et de sa personnalité chatoyante. Je l’ai rencontré sur le forum d’accueil de voyageurs à vélo warmshowers.org. Il me semble un exemple de ce qu’une éducation libérale à tendance hippie peut produire de créatif et de dynamique dans la jeunesse américaine.

Il est fils d’une ex-danseuse professeur de yoga et d’un pépiniériste vivant actuellement à Hawaï. Il a grandi à Miami, fait de brillantes études musicales à la New World school of the Arts, la plus célèbre des écoles d’art de Miami, puis au Brubeck Institute en Californie. C’est un triathlète et un ardent végan : il ne mange aucun produit animal et défend ce choix comme une décision politique. Il a deux métiers : saxophoniste professionnel et entrepreneur local qui, après avoir travaillé dans une ferme de permaculture, développe un business de fruits exotiques, cueillis par ses soins chez lui ou dans des fermes bio, et livrés à vélo sur Miami. Il me dit qu’il aime cette vie : « Vendeur de fruit le jour, musicien la nuit. It’s a good life ! ».

Je suis frappé en discutant avec lui d’une pensée très affutée, mélange entre la recherche de faits pour fonder rationnellement ses positions (tant au niveau de la diététique végan appliquée au sport de haut niveau qu’à celui de l’agronomie) et d’un pragmatisme utilitariste (c’est-à-dire l’idée que la meilleure solution est celle qui est la plus efficace compte tenu des acteurs en présence).

Cela fait 6 ans que Rane a adopté un régime alimentaire totalement dépourvu de substance animale (viande, mais aussi œufs et produits laitiers). Il me dit suivre une organisation de son alimentation se répartissant en 80% carbohydrates [glucides], 10% fats [lipides], 10% proteins et autant de fruits qu’il veut ! Il n’a aucune carence. Quand je lui demande ses raisons, il répond :

  1. pour des raisons de santé : il veut montrer qu’un régime végétalien est tout à fait compatible avec les exigences du sport de haut niveau ;
  2. pour des raisons de conscience environnementale (« environmental awarness ») ;
  3. pour la défense du bien-être animal.

Les choix de Rane illustrent ainsi parfaitement les principes fondamentaux du véganisme : faire en sorte que soient évités tous les comportements d’exploitation des animaux en promouvant des alternatives à toutes les formes d’instrumentalisation animale à des fins humaines.

Il est très clair que la conscience de l’impact désastreux de l’agriculture conventionnelle et OGM, orientée en masse vers la production de viande et de produits animaux, est le facteur décisif de son choix existentiel : « 18 % des émissions de gaz à effet de serre sont liés à l’élevage, c’est plus que toutes les émissions de transports réunies soit 13 % » me dit-il en citant un film qui a été déterminant pour lui, Cowspiracy.

« Tu as besoin de 500 gallons d’eau [presque 1900 litres] pour produire un Hamburger alors que tu n’as besoin que de 300 gallons pour produire 1 livre de riz [environ 500g]. Si tout le monde veut manger de la viande, nous n’avons pas d’autre choix que les OGM ! ».

Je lui demande comment il voit le futur. « Le changement climatique étant déjà là, les problèmes vont arriver avec certitude ». Il observe déjà des changements dans la récolte de ses fruits, avec des maladies qui arrivent du fait du réchauffement climatique (comme la redbay ambrosia beetle – Xyleborus glabratus – qui menace les avocatiers de Miami), et des nouvelles épidémies pour les humains comme la dengue et la malaria à Hawaï. Il s’attend donc à ce que de nombreuses personnes meurent. Et s’il y a un espoir, c’est à la science qu’il s’en remet pour trouver des solutions à ces nouveaux problèmes. Je m’étonne de ce scientisme qui semble faire l’économie de la transformation sociale et politique qu’il met pourtant en œuvre dans son existence ! Il me répond que même si on arrêtait toutes les émissions de gaz à effet de serre du jour au lendemain, le drame arriverait quand même ! D’où la nécessité d’autres solutions dans le rapport au réel : il place donc son espoir dans la science et la technique…

« Rien dans la nature ne grandit de façon exponentielle… »

Le véganisme est-il alors un choix politique ou simplement un dernier avatar d’une mode parmi les paumés existentiels ? Il me répond que l’engagement politique est pour lui très clair : « Si tout le monde continue à manger de cette façon et à se reproduire de façon exponentielle, il est évident que nous allons à la catastrophe ! » La nature réapparaît alors comme un modèle d’évolution viable opposée à la croissance exponentielle rendue possible par les énergies fossiles mais insoutenable : « Rien dans la nature ne grandit de façon exponentielle : un arbre ne grandit pas de façon exponentielle, un organisme ne grandit pas de façon exponentielle, sinon c’est un cancer ! ». Il me dit attendre dans deux ans la mise à disposition de polymères contraceptifs inventés en Inde et efficace pour 10 ans pour les hommes. La radicalité est donc pour les choix personnels. Mais quand il s’agit de décisions politiques, Rane retrouve un pragmatisme qui lui fait dire que les solutions ne peuvent être efficaces que si elles sont économiquement bénéfiques et intègrent les acteurs actuels du problème. Raison pour laquelle il critique Monsanto mais défend un usage potentiellement vertueux des OGM – si les modèles de référence sont donnés par la nature, Rane ne sombre pas dans une mythologie de la pureté naturelle préservée de toute altération technique humaine.

A l’été 2015, Rane et 2 amies ont effectué un voyage à vélo intitulé le Trash FreeWay, depuis La Virginie jusqu’en Californie. L’idée était de traverser les USA à vélo pour chercher des solutions au gaspillage alimentaire : selon U.S. E.P.A – Environmental Protection Agency – en 2012, les américains ont produit 250 millions de tonnes de déchets. De cette expérience, il retire l’idée que tant que les grandes enseignes de distribution n’auront pas compris que leur intérêt passe aussi par l’arrêt du gaspillage, par exemple en créant un « environmental manager » responsable de la traque des dépenses énergétiques inutiles et des actions préjudiciables à l’environnement, nous n’avancerons que peu vers une solution efficace. Une telle pondération dans l’acceptation des bases économiques de l’organisation sociale ne laisserait pas d’étonner nos radicaux européens ! Elle est peut-être le signe de l’utilitarisme anglo-saxon qui postule la poursuite des intérêts individuels comme la base de toute action. Et sans doute y aurait-il ici à discuter. Mais un constat s’impose : pour Rane, la recherche d’une efficacité économique n’empêche ni la radicalité individuelle, ni la conscience politique d’un changement nécessaire.

Le marché de Rane

Depuis quelques mois, Rane développe un commerce de fruits exotiques locaux, ramassés par ses soins et permettant le développement de la communauté végan de Miami. Son modèle économique est encore en construction. Pour l’heure, il prend ses commandes via sa page Facebook en attendant la construction d’un site Internet à venir : mais son idée est de promouvoir la richesse et la diversité des fruits exotiques, et de tirer profit de récoltes à maturité dans un circuit de proximité. J’ai accompagné Rane dans une de ses livraisons. Comme il était engagé pour jouer un concert dans un resort à 110 Km au nord de Miami — le Broken sound club : une enclave privée pour riches retraités…—, il a effectué cette fois sa livraison en voiture. Black sapote et Jabocitaba ont fait le régal des locaux réveillés ! Le « fruitarianisme » du futur !

Damien

Spéciale dédicace à Arthurimbo, pour son soutien inaugural. Merci Arthur !

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