# Retour amont : Tofino, les grands prédateurs en terre colonisée

Tofino

N’étant ni surfer, ni touriste attiré par les excursions pour observer les ours et les baleines, Tofino me semble de peu d’intérêt. C’est une petite bourgade devenue huppée par la fréquentation de bourgeois friqués en masse. On y trouve cette juxtaposition de maisons en piteux états des autochtones — ici appelés « first nations » (premières nations) — et des centres de vacance de luxe, qui confèrent au tout une ambiance coloniale malsaine. Ici plus qu’ailleurs, les autochtones ont sans doute profité du tourisme mais la misère sociale liée à la destruction d’une culture et de son rapport historique à la terre n’est jamais loin sous le vernis brillant. Je me ravitaille à la food Co-op du coin qui est le plus grand supermarché et profite d’une connexion hasardeuse dans un café pour prendre des nouvelles du monde. Après la tuerie à Nice, j’apprends qu’il y a eu une fusillade à Munich. Je me dis que décidément l’humanité ne va pas fort et que les loups entre eux n’atteignent pas ces niveaux illimités de folie.

Méditation

Au retour vers le Green Point Campground, au sein du Pacific Rim National Park, je découvre enfin Long Beach, cette plage de sable gris à perte de vue. Une brume océane et la lumière du soir créent un enveloppement confiné. J’oublie un temps la violence potentielle de l’océan et la présence des bêtes sauvages. Méditer sur le sable, bercé par les vaguelette est facile. Il y a de l’espace, il y a de l’air, il y a le sable et l’océan, et les mouvements peuvent se faire doux et dans une perception totale du corps et de ses émotions. Peut-être profiterai-je de la place au petit matin pour à nouveau ressentir cette qualité d’espace incroyable ici.

Ours, Loups, Cougars

Au théâtre du camping, ce soir, un garde du parc vient nous éduquer aux grands prédateurs dont le territoire inclus les campements, les routes et les chemins avoisinants. La présentation est théâtralement soutenue et pédagogiquement très efficace.

Principe : faire comprendre que le wild, n’est pas seulement le dangereux mais le signe d’un monde de nature radicalement différent de l’animalité domestiquée. Faire prendre conscience qu’un grand prédateur à moitié domestiqué = un grand prédateur qui peut à tout moment blesser des humains dont il n’a plus peur.

D’où découlent :

1- le désapprentissage de la réduction des grands prédateurs à leurs cousins domestiqués qui appellent d’ordinaire des interactions douces et compassionnées.
2- le rappel des fonctionnements du sauvage : agressivité = défense (sauf si on est une proie comme les petits enfants pour un cougar !), défense des petits, fuite plutôt qu’affrontement, …
3- Les 3 règles conséquentes de bonne réaction en cas de rencontre avec ces grands prédateurs : 1-laisser l’espace (faire demi tour), 2-occuper l’espace (crier, bouger les bras, ouvrir son manteau), 3-s’imposer dans l’espace (Face à de l’agressivité, se battre en retour).
4- La conscience collective que toutes les interactions individuelles des humains avec les animaux, sont des apprentissages au sein de la nature et donc des types d’enseignements plus ou moins dangereux pour les animaux. Apprendre que les humains ne sont pas dangereux, c’est condamner un animal sauvage parce que ses interactions deviennent imprévisibles.

J’ai aussi beaucoup aimé les nombreux retournements de point de vue, pour savoir ce que les ours pensent des hommes, pour savoir comment ils voient un campement plein de nourriture et de sac à investiguer, pour comprendre leurs réactions aux actions égotiques des humains en quêtes de frissons ou au contraire aux gardes du parcs assumant la fonction de menace pour maintenir la distance entre la wildlife (la faune « sauvage ») et l’humain, pour rappeler l’intelligence de ces prédateurs et le fait que nous sommes sur leur territoire.

Chaque chapitre, respectivement sur chacun des 3 prédateurs (ours, loup, cougar), se termine par une histoire des issues malheureuses des actions inconscientes de certains humains, enseignants pervers amenant à terme à la destruction de ceux dont ils imaginent « vénérer » la présence au point de vouloir la proximité et l’immortalité de l’instant, en flattant par une nourriture appât.

Exemple criant d’injustice : un loup habitué à manger la nourriture d’inconscients humains se retrouve un soir dans la tente d’une randonneuse apeurée. Les gardes du parc sommés de réagir tentent de l’effrayer en vain. Dans un ultime essai, les gardes testent la peur du loup en présentant de la nourriture à côté d’eux alors qu’ils sont assis sur la plage avec leur fusil. Le loup ne pouvant résister vient chercher la nourriture. Il sera par la suite abattu.

C’est l’humain qui crée une situation dont il ne veut pas soutenir les conséquences par la suite. Et c’est l’animal qui paye souvent de sa mort la stupidité des humains. C’est comme si celui qui donnait la drogue accusait ensuite celui qui la consommait de se comporter de façon dangereuse…

Les problèmes et les régulations de ces cultures en rapport à un colonisateur (ici l’humain touriste) qui arrive en dominateur et détruit par sa futilité des équilibres locaux, a ici, au milieu du territoire des « First Nations », des résonances troublantes !

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