# Ecotopie : Denton, University of North Texas – Une oasis écolo au centre du Texas

Le Texas est plus vaste que la France. Il est réputé pour ses élevages intensifs (premier État quant au nombre et à la taille des fermes), son industrie pétrolière, ses mines de gypse, de magnésium, de soufre et ses charbons bitumineux. Il est invariablement gouverné par des républicains depuis 1980 et nous a donné quelques présidents savoureux et catastrophiques.

Mais il existe au cœur de l’État, au nord-est de Dallas, une oasis verte : l’Université North Texas (UNT) à Denton. Un « green giant » dixit son président V. Lane Rawlings : 36 000 étudiants et un des premiers départements de philosophie et d’éthique environnementale créé dans les années 90 par J. Baird Callicott, Eugene Hargrove et Pete Gunter. En partie du fait de cette spécificité, l’université a adopté en 2012 un slogan paradoxal, qui fleure bon le green washing : « A green light to greatness », un « feu vert pour la grandeur »… Tout un programme !

Je suis accueilli comme un pape par Giovanni, Élena et Gaïa, chiot expansif et mâcheur acharné. Giovanni fait son doctorat en philosophie de l’environnement sur les énergies, Élena en sciences politiques. Quel plaisir d’entendre parler italien, de plaisanter, de partager un bon plat de pasta et de déguster un bon café au petit déjeuner. Comme ils sont polyglottes, je peux aussi m’exprimer en français, même si l’anglais devient la langue d’action ordinaire. Puis ce seront Ramiro et Nora qui prendront le relais, Giovanni s’étant rendu en Écosse pour des conférences. Ramiro est argentin, biologiste de la conservation, passionné par les comportements animaux et fait sa thèse sur les espèces invasives dans la réserve bio-culturelle d’Omora, à l’extrême sud de la Terre de Feu, au Chili. Nora est irlandaise, doctorante en philosophie sociale et étudie les mouvements écologistes dans leur prétention à l’autonomie. Nous passons des heures à cuisiner, à siroter bière ou maté, à discuter les contradictions américaines et les causes du désastre politico-économico-environnemental particulièrement sensible en Amérique latine. Quelle amitié spontanée ! Quel accueil extraordinaire !

Je visite le campus. La tenue des bâtiments, la fonctionnalité et la haute qualité des institutions sont frappantes si l’on compare par exemple avec la dégradation avancée des locaux de nombreuses universités françaises — allez faire un tour à Paris 1 – Tolbiac !

Il règne une atmosphère d’emphase et un dynamisme bourdonnant. Le bâtiment des sciences environnementales abrite le département de philosophie et de religion. Il a été pensé pour permettre la mise en présence des sciences de la nature et des sciences humaines, en vue de favoriser une discussion transdisciplinaire. Dans l’entrée, le décompte de la population mondiale qui s’accroît à chaque seconde et une figuration de l’empreinte écologique respective des différents pays. Sur la droite, au rez-de-chaussée, un centre d’éducation destiné à l’intense activité de sensibilisation et d’éducation à l’endroit des écoles de la ville. Le centre est pionnier et formateur pour d’autres types d’initiatives de ce genre.

L’Université North Texas est une université publique qui ne fait pas partie des universités les plus cotées mais qui a trouvé dans l’orientation écologique une marque pour se singulariser dans le champ si concurrentiel de l’offre universitaire aux États-Unis. Alors tout est vert et propre, depuis les poubelles de recyclage, aux aménagements pour vélos, aux rénovations de bâtiments en vue d’une optimisation énergétique. Le clou de cette sensibilité éco-citoyenne est la cafétéria végan : sans aucun doute mon meilleur repas dans un restaurant universitaire. La diversité et la qualité des plats sont extraordinaires surtout lorsque l’on compare ce resto U avec ce que le CROUS a l’habitude de proposer aux étudiants français. Légumes à toutes les sauces, saveurs indiennes, couleurs appétissantes, pâtisseries délicieuses, bar à salade et sandwicherie à partir de sources végétales. Coup de cœur pour les « world famous veganinis », avec du pain fait maison et des légumes frais. 4,20 $ pour un festin ! Même dans les cafétérias mixtes, il y a un tout un buffet végan. On lutte aussi contre le gaspillage. Au mur, des citations de Gandhi ou de Vandana Shiva :

« A chaque fois que nous nous engageons dans des schémas de consommation ou de production qui prennent plus que le nécessaire, nous nous engageons dans la violence. »

Je me demande si les étudiants américains savent que les paroles de ces penseurs de l’anticolonialisme ne sont pas que des slogans pour cafétérias passées au greenwashing mais aussi de farouches adversaires du modèle néolibéral et de ses destructions dont le principal acteur n’est autre que les USA. Quelques citations suffisent-elles à réveiller une conscience politique et à élever la protestation contre l’injustice et la violence produites par l’hégémonie du système néolibéral ?

Il y a aussi d’étranges contradictions. Alors que je m’apprêtais à rencontrer Ricardo Rozzi, chilien compositeur, écologue et philosophe prônant une « biocutural éthic », une des figures marquantes du département de philosophie de l’UNT, je rencontre un agent qui répand de l’herbicide sur les herbes poussant tranquillement entre les dalles devant le bâtiment de sciences environnementales ! Le centre sportif m’étonne aussi. Nous y avons grimpé avec Giovanni et Nicola. Mais la plupart des étudiants s’activent sur des machines de fitness et de musculation. La compétition partout, jusqu’au plus intime, jusque dans une estime de soi conditionnée à un volume musculaire ou une silhouette particulière. Plus étonnant encore, une sorte de piste d’athlétisme en balcon, pour bénéficier de l’air conditionné. Courir en intérieur ou sur des machines devant la télé, incompréhension et absurdité.

Il n’en demeure pas moins que Denton recycle, promeut le déplacement à vélo et voit fleurir les magasins bios, les marchés de proximité et les jardins communautaires. Après tout, peut-être ne sort-on pas indemne d’un « green washing » !

Damien

P.S. : Quelques articles à venir pour approfondir la découverte de cette université verte 😉

A Momolajoie !

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