# Greater World Community : Carrie, féline indigène des géonefs

Cette maison-tanière, enterrée pour partie, ouverte sur un jardin et remplie de plantes a sans doute été la condition de son installation, après des années de vie itinérante depuis le New-Jersey jusqu’au Nouveau-Mexique, en passant par l’Oregon, le Wyoming, la Californie et le Colorado. Carrie a travaillé pendant longtemps dans des Wilderness Education Camps, mises au vert d’enfants maltraités dans leur famille ou délinquants, avec du travail sur les relations humaines et sur quelques compétences de survie en milieux naturels. En déménageant à la Greater World Community, elle a alterné des travaux avec des amis dans les environs (dans un Spa à Ojo Caliente, dans des fermes biologiques locales (CSA) et dans des associations de restauration de cours de rivière dans le Colorado voisin).

Ne pas participer à un système produisant de la souffrance, en particulier de la souffrance animale, est sans doute l’un de ses axes existentiels. Elle est engagée depuis 18 ans dans le combat pour la défense des droits animaux, l’émergence d’une conscience des cruautés infligées insidieusement aux animaux dans les systèmes alimentaires, cosmétiques, scientifiques et de divertissements de nos sociétés. Elle milite dans les mouvements végans entre Albuquerque, Santa Fe et Taos. Elle a monté sur Taos un groupe végan – Leaf : Taos Vegan Society pour promouvoir la conscience des enjeux environnementaux globaux de l’exploitation industrielle des animaux et des produits animaux ainsi que les problèmes de justice soulevés par la souffrance animale.

C’est une ancienne coureuse de haut niveau qui a transféré son gout de l’activité vers des « aventures » en montagnes. Pour allier son amour des aventures et son engagement écologique, elle va traverser cet été la Great Divide, un parcours qui traverse les USA du Canada à la frontière Mexicaine. Ce projet sera l’occasion d’une levée de fonds pour soutenir les enquêteurs secrets dans les fermes industrielles, ces activistes qui infiltrent les bas-fonds de l’agro-industrie pour produire des images révélant la cruauté qui sous-tend le mythe d’une alimentation pas chère. Son moyen à elle de lier aventure existentielle et engagement citoyen. Je suis impressionné par la préparation. Toutes ses étapes sont planifiées. Elle a déjà prévu toute sa nourriture et les cartons qu’elle devra envoyer régulièrement. Elle me montre tous les produits qu’elle a séchés : les légumes, les fruits, les soupes de haricots et de lentilles. Son matériel est optimal. Elle s’entraine tous les jours pour pouvoir apprécier la répétition d’efforts.

Le caractère intransigeant sur la qualité de la nourriture ne produit pas que des contraintes ! J’ai dégusté chez Carrie parmi les meilleurs produits végans et sans aucun doute le meilleur dessert depuis le début du voyage et de loin : une glace aux bananes (des mini bananes produites à l’intérieur de la maison) saupoudrée de pépites de chocolat, d’amandes et couverte d’une couche de beurre de cacahuètes. Un délice.

Nous parlons un peu de politique. Comme beaucoup de personnes que je rencontre elle déplore une éducation défaillante et un manque de réflexion critique chez trop de d’Américains, potentiels supporters de Trump… Elle me dit qu’elle n’est pas du tout optimiste en ce qui concerne « the great picture », la vision d’ensemble, mais elle constate autour d’elle des changements inspirés par ses 2 convictions fortes : le véganisme et la méditation. Ses parents, des voisins, des amis ont transformé leur rapport aux animaux ou à eux-mêmes, et elle y trouve une source de joie simple mais essentielle. Il est indéniable que se dégage de son calme et de son sourire une force inspiratrice.

Dimanche, Carrie m’amène sur son territoire : un sentier qu’elle a tracé à travers la Mesa et qui mène à la gorge du Rio Grande. Elle marche légère à travers les arbustes aromatiques. Quand on arrive au bord du rift, elle s’arrête net, renifle l’air et me dit : il y a des « big horns » (des mouflons) dans les parages. Puis elle s’assoie au bord de la falaise et contemple longuement les animaux en contrebas, les rapaces au-dessus de nous et le Rio Grande sur lequel un couple d’oies sauvages se chamaille. J’ai envie d’aller essayer les sources chaudes sur l’autre rive. Nous dévalons la pente, traversons à la nage le flot frais et déjà bien puissant avant de gouter la détente dans l’eau chaude et minérale. En rentrant nous remontons un cours d’eau asséché avec des roches polies aux formes douces et des arbres plongeant sous le sable leurs racines. J’observe la marche vive et souple de Carrie et toute sa personne aux aguets pour déceler les signes de vie animale : des geais des pins, des aigles, des traces de mouflons et de coyotes. Indigène féline.

Le dimanche soir, Carrie et un de ses voisins font une séance d’une heure de méditation. Je me joins à eux. Depuis les montagnes, l’état vibratoire et quasiment constant est très intense. Et dans la tourelle de l’Earthship l’espace est bien vivant. Quand nous terminons, il est 22h, le calme est partout et j’ai grand faim. Je fais des pâtes, ail, huile d’olive et levure : délicieuses. Nous finissons un dessert, gâteau de riz-noix de coco et mangue, en discutant de voyages à vélo. Il y a entre nous la douce complicité des âmes sœurs.

Carrie est sans doute l’une des personnes les plus équilibrées que je rencontre depuis le début de ce voyage. Il y a une joie profonde et communicative à soigner la qualité des actes fondamentaux de l’existence : habiter une terre en étant conscient de son rapport aux éléments fondamentaux (eau, énergie, espace, …), habiter une maison dans laquelle on se reconnait et au sein d’un espace magnifique, manger une nourriture d’une qualité excellente, trouver le calme pour méditer quotidiennement, travailler avec des amis de façon à avoir le temps disponible pour des aventures, s’engager pour plus de justice et pour la pacification de nos rapports à l’environnement. Merci à toi Carrie, yogini végan, magnifique inspiratrice. Merci à toi, la féline indigène de ces géonefs balancés comme nous tous dans une bien drôle de mer existentielle !

Damien

A Brifra !

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3 réflexions sur “# Greater World Community : Carrie, féline indigène des géonefs

  1. You are such a beautiful human Damien! Thanks for the sweet tribute and kind sharing. You are an inspiration as well, and you are traveling an admirable path. RIDE AND FLY ON!

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