#Ecotopie : Emerald Earth Community

Départ tranquille de Yerba Santa après la traite. La générosité de mes hôtes ne cesse de me remplir d’admiration : cette fois ce sera un pique-nique complet et des tomettes de chèvres si délicieuses. Je salue tout ce beau monde, Javier, Elodie, Camilo, Aliana, Nicole, Mandela, Balou, Yogi et toutes les chèvres ! Il est bon de reprendre la rêverie cyclable.

Etape du jour

Etape courte et relativement tranquille aujourd’hui. Je longe les Blue Lakes et le Lac de Mendocino. Je passe Ukiah et attaque une montée raide pour parvenir à la vallée qui abrite Boonville. Parfum du jour : « la plante », le « pot », la marie-jeanne quoi ! Des effluves constantes tout au long du chemin. La culture et l’économie de « la plante » produisent toute une déstabilisation économique et sociale de la région : beaucoup d’argent est amené par ce commerce semi-illégal ou complètement illégal, les cartels mexicains investissent allègrement, le banditisme progresse sur fond d’illégalité. Plus je monte vers le nord plus cette économie est puissante. Je n’ai pas fini d’en entendre parler. A Boonville, je m’arrête casser la croute sur les tables d’une brasserie locale. Un ancien businessman pour des marques de vélo me demande mon chemin, semble interloqué et propose de m’acheter une bière. Avec les fromages de Javier, j’aurai 2 présents pour l’Emerald Earth Community.

Montée vers Emerald Earth

Après Boonville, je bifurque au Nord sur Peachland Drive. La route devient rapidement une route en gravier s’élevant dans les collines dorées et les sous-bois frais. Sans doute l’une des plus belles routes depuis le début du voyage ! Après 7 kilomètres, j’arrive au portail où Emerald Earth est indiqué parmi d’autres Ranch. Emerald Earth est un eco-village centré autour des principes de permaculture, d’écoconstruction et d’auto-suffisance matérielle, énergétique et alimentaire. En s’enfonçant dans une vallée, on tombe sur des panneaux solaires, des maisons avec des murs en cob (un mélange d’argile, de sable, de paille et d’eau) et des toits végétalisés. Des enfants m’accueillent : Garnet et Zephyr, ils habitent le lieu et se proposent pour me servir de guide. Ils m’amènent dans un sous-bois à côté de l’étang piscine parfait et m’aident à monter la tente. Ils vont pieds nus, la démarche souple et le regard direct : l’éducation au grand air fait des enfants qui vous regardent dans les yeux ! Après un délicieux bain, je monte partager le repas commun : Kale du jardin revenu dans de l’ail, salade d’algues et de concombre, choucroute, soupe miso, riz et poissons fraichement péchés par les enfants ! En dessert, tartes cuisinée par le chef pâtissier, Cadence, 12 ans, aux cerises du voisin et lait des chèvres. Ici, on semble avoir bien compris que la nourriture est la base du lien social. Pour symboliser cela, tous se réunissent et forment un cercle avant de commencer. Pas de salamalecs mais un chant commun et en canon : « Toute vie sur terre vient de la mer ». Voilà une pratique simple et efficace pour créer du commun. Le dessert est conditionné au fait de finir son assiette mais personne ne rechigne quand les produits sont délicieux.

Travail et histoire

Avec Delphine, une voyageuse à vélo québécoise qui commence 3 mois de pérégrination en Californie, et une famille venue de la baie de San Francisco, nous sommes engagés comme volontaires pour un weekend de Work Party.  Au programme : transporter une pile de compost dans le jardin, nettoyer, composter, pailler les lits des artichauts, nettoyer la chèvrerie, transporter du bois, faire sécher des cerises ou réparer une clôture. Le travail est sans doute une des meilleures façons de découvrir comment fonctionne une communauté. Il était récompensé par les repas savoureux, les baignades dans l’étang et les saunas. Autant de façon d’être bien présent à soi dans le calme et la beauté.

Après le repas de midi, Tom nous fait visiter la communauté, les différentes maisons, les toilettes à compost et la centrale solaire. Aucune propriété privée ici. Tous les membres possèdent la terre et les maisons en commun. L’histoire de cette communauté est marquée par de nombreuses mutations depuis sa création en 1989. Elle était d’abord un lieu de cérémonie pour une société de sorciers issue de Berkeley, la Emerald Earth Laughing and Drumming Society, qui aimaient se retrouver en forêt. Ces pionniers ont nettoyé les 189 acres et construit la première maison collective. Depuis 1999, la communauté est devenue un lieu de stage et de formations en construction naturelle, en permaculture et en plantes médicinales. Tom nous dit sa vision pour l’avenir : retrouver une forme d’équilibre entre les compétences techniques dites « primitives » et une spiritualité inspirée notamment des rites tribaux des indiens d’Amérique pour insister sur les expériences personnelles de reconnexion avec la nature à tous les niveaux.

La force du lien communautaire et la vitalité dans ce lieu m’ont frappé. C’est comme si la beauté de la vallée se trouvait rehaussée par l’équilibre entre recherche spirituelle et réalisations matérielles concrètes que construisent, toujours affrontant de nombreux obstacles, ses légers habitants.

Quelques portraits des habitants d’Emerald Earth

Tim

Tim

Tim a 36 ou 37 ans. Il a été l’élève de Tom Brown à 18 ans et s’est engagé corps et âme dans le mouvement des survivalistes américains. Ce mouvement tente de faire revivre les connaissances des amérindiens dans leur interaction avec le milieu naturel. Ces compétences primitives ou indigènes sont la connaissance des traces, la chasse à l’arc, la connaissance des plantes et des animaux, les techniques de fabrication des vêtements à partir des peaux des animaux, des techniques de combat et les modes de vie permettant de vivre en forêt. Tim a vécu au Wisconsin depuis ses 18 ans puis a tenté une expérience de vie dans une ville pour développer ses compétences en arts martiaux. Il a emménagé à Emerald Earth depuis quelques mois pour se rapprocher de ses enfants (Zephyr et Cadence).

Il me raconte qu’il a perdu son ami de toujours : Thomas Seibold qui a disparu dans une aventure en Alaska en automne 2012. Il était selon lui très bien préparé mais les conditions étaient trop difficiles : il suppose une rencontre fatale avec un grizzli, une blessure qui a pu entrainer une mort de faim, une chute dans un trou … Il a été très touché qu’un auteur amérindien, Seth Kantner, formateur dans une des écoles survivalistes d’Alaska ait apporté son soutien aux recherches et à l’engagement de Seibold. Son dernier livre Swalloved by the Great Land (« Avalé par le grand pays ») dit bien à la fois la fascination pour l’Alaska et les disparitions liées à la confrontation face à la puissance naturelle.

Je découvre aussi qu’il a participé au livre du photographe David Valli, Rencontres hors du temps sur les survivalistes américains, que je lisais avant de partir ! Ce dernier a partagé leur vie au Wisconsin pendant quelques mois avec une énergie et un enthousiasme qui a impressionné. Mason, l’un des portraits du livre était comme un père d’adoption pour Tim. C’est d’ailleurs lui, Tim, qui a conseillé au photographe d’aller voir Lynx, une américaine d’origine Suédoise qui encadre des séminaires de survie en forêt. Il me conseille de lire Paul Shepard et Charles Eisenstein, deux chantres de la décroissance et d’une forme de primitivisme.

Abeja

Abeja et GarnetElle s’est appelée Abeille parce qu’elle se voit polinisatrice : « Je vais de belles personnes en belles personnes et je permets les rencontres pour rendre leurs projets féconds ». Elle est formatrice en permaculture et collaboratrice à la revue Communities. Elle donne aussi des massages à Boonville. Elle s’occupe de beaucoup de choses ici, mais en particulier du jardin et de la cuisine.

Elle suit les enseignements de Jon Young à son école Wilderness Awerness visant le développement des connaissances des habitants de la nature comme condition d’une reconnexion globale. Il a suivi les enseignements de Tom Brown, formé par les natives (Apaches), avant de trouver dans la spiritualité amérindienne un moyen de soigner le trauma historique, de se reconnecter avec l’essentiel que la culture coloniale a fait perdre (le fait d’être indigène d’un lieu, d’en connaitre l’écosystème et de vivre avec lui). Il semble allier méthodes méditatives de présence dans toutes les pratiques quotidiennes dans la nature et méthode d’enseignement par expérimentation et narration (réhabilite la culture de l’oralité et des contes),… Abeja me conseille de lire Le guide du coyote, et a découvert récemment Charles Eisenstein qui lui parle beaucoup. 

Tom

TomTom, son partenaire, est un expert en construction naturelle et s’est formé à la permaculture au Costa-Rica. Avec Abeja, ils forment le couple charnière de la communauté, le plus stable et celui qui oriente les intentions de développement. Il vise à développer un tissu économique entre communautés et à faire d’Emerald Earth un lieu d’implémentation des vue spirituelles de reconnexion avec la nature. Il a découvert la voie spirituelle Lakota et se forme aux savoirs indigènes. Il venait de faire une quête de vision (un jeûne et des huttes de sudation) la semaine dernière. Pour subvenir aux besoins financiers de sa famille (1500 $ pour  5 par mois pour les frais communautaires (nourriture + maintenance + assurances …), il récolte de façon saisonnière des algues avec son ami Andrew.

Lana et Brian : les derniers arrivés

Brian et LanaTrentenaires, citadins néo-arrivants. Lana venait d’emménager depuis une semaine, après avoir passé donc les différentes étapes du processus pour devenir membre. Lana est puéricultrice et espère monter un projet avec des enfants ici, Brian travaille comme plombier sur des systèmes alternatifs pour recycler les eaux grises principalement des machines à laver pour fertiliser des jardins par exemples. Ils aspirent à une vie en communauté loin des rythmes urbains.

Damien

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