# « Respire marche pars va-t’en »

L’année s’en va. Je répète avec mes amis d’Hubris 45’2, comme depuis quelques années. Il est bon de franchir les caps symboliques en créant notre musique…

Dans quelques jours je pars. Je laisse le groupe ; pour un temps, ses projets se joueront sans moi, mais j’emporte avec moi une petite trompette. Dans L’histoire du soldat, composée en 1917 par Igor Stravinsky et Charles-Ferdinand Ramuz, un pauvre soldat rentre chez lui et a pour seul bien un petit violon. Il rencontre un personnage qui lui propose un livre prédisant l’avenir et trois jours de luxe en son domaine contre son petit violon. On comprend que le soldat vend son âme au diable, et, à l’inverse d’Ulysse dans l’Odyssée, qu’il s’oublie, oublie son amour qui l’attend, oublie l’essentiel par peur, cupidité et aveuglement. Je doute que ma petite trompette soit mon âme mais elle sera certainement un lien : avec moi-même, avec Hubris 45’2, avec les compagnons musiciens que je croiserai sur la route, avec tous ceux à qui j’offrirai un souffle, une mélodie…

Je sens que je suis en train de partir à la façon dont les gens me disent au revoir. Il y a une présence et une intensité extraordinaire, comme si cette dernière rencontre avant une période distante, comme si ce parfum de rareté, révélait toute la saveur d’une amitié. Cela pourrait être une dernière entrevue avant longtemps. Le départ est toujours risque d’une rupture. Et sans doute cette menace – diffuse, sourde, implicite – confère-t-elle une solennité aux saluts.

Parfois, dans un élan, j’entends des paroles qui imaginent un saut au-delà de l’absence : « De toute façon, 6 mois passent tellement vite », « Reviens vite en Septembre »… C’est aussi une façon d’assurer le lien, en visant dans l’après un contact, une attache, une relation…

Je pars sans séparation. Je pars fort de toutes les relations qui me constituent et qui m’accompagnent sans cesse. Je pars pour goûter l’espace et habiter la liberté.

« Quand tu aimes il faut partir
Ne larmoie pas en souriant
Ne te niche pas entre deux seins
Respire marche pars va-t’en »

B. Cendrars, Feuilles de route, « Tu es plus belle que le ciel et la mer ».

Damien

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3 réflexions sur “# « Respire marche pars va-t’en »

  1. En 1997, toujours avec Sylvain Tesson, Alexandre Poussin entame la traversée de l’Himalaya (5 000 km) à pied, réalisant ce qu’ils décrivent comme le plus grand trek du monde : 6000 kilomètres d’une seule foulée, du Bhoutan au Tadjikistan, en traversant neuf pays sans guide et sans porteurs, avec un simple sac de 7 kg et en se jouant parfois des formalités frontalières. Cet exploit, parfois rocambolesque, reste inégalé.

    7kg…trois fois rien, ils avaient une petit flûte qui leur a été si précieuse pour nouer des liens…

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