#Présentations : Forum du voyage à vélo à Lyon et « nature en résonance » en Drôme

J’aurai le plaisir de participer au Forum du voyage à vélo ce samedi 3 décembre à Lyon. Cette rencontre des voyageurs excités des mollets est organisée par l’association Pignon sur Rue. Je co-animerai un atelier sur le voyage en solo et exposerai mes tirages photographiques. Amis lyonnais, qui sait si vous ne repartirez par avec une furieuse envie de prendre la route ? « La nature en résonance » à Beauvoisin en Drôme

Samedi 26 novembre, j’ai été invité par mon amie aikidoka, agrégée de lettres et doctorante en grammaire, Alice Dumas, à participer dans son village de Beauvoisin, au cœur des Baronnies et face au Ventoux, à une après-midi de conférences sur le thème « la nature en résonance ».

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Le principe même de participer à une forme d’université populaire et de partager la parole de la recherche philosophique hors des centres urbains plus ou moins glauques m’a profondément réjoui.

J’ai présenté le concept du Trouble du Deficit de Nature — un concept que j’ai découvert pendant mon périple et qui a été proposé en 2005 par Richard Louv, dans son ouvrage Last child in the woods, pour décrire les déséquilibres psycho-physiques produits par un éloignement croissant de la nature.

J’ai présenté les qualités de cette tentative : [1] décrire des effets ordinaires de la crise de notre rapport à la nature sur la santé, [2] interroger nos représentations de la nature et la place que nous lui accordons dans l’éducation, [3] servir d’étiquette pour désigner le problème précis qui justifie l’éducation à l’environnement : à perdre la culture de la nature, c’est-à-dire les savoirs et savoirs-faire qui émergent d’une interaction quotidienne et nécessaire avec elle, nous perdons aussi de la présence aux choses et de la capacité d’éprouver et de comprendre les liens qui nous unissent avec du non-humain, à différentes échelles.

J’ai aussi réfléchi à la grande fragilité de ce concept du moins tel qu’il est construit par Louv. [1] Critique conceptuelle. La conception de la nature qu’il présuppose est la plupart du temps indéterminée, et maintient la centralité de l’homme en confinant la nature à un espace ou un domaine environnant. Par conséquent on ne sait pas précisément quelle nature manque, ni ce qui dans la nature nous manquerait. [2] Critique politique. Le concept souffre d’une forme évidente d’ethnocentrisme anglo-américain citadin qui fait que la pluralité des rapports culturels au non-humain, et la diversité géographique, historique et sociale au sein du contemporain n’est jamais interrogée. De plus, le choix de situer l’analyse au plan de la santé et du développement personnel, en prétendant atteindre une forme d’universel psycho-physiologique, laisse de côté et passe sous silence les facteurs historiques, sociologiques, économiques qui permettent d’expliquer la perte progressive des relations avec la nature dans une partie de la culture citadine occidentale contemporaine. Il n’est pas sûr que l’obésité qui fait des ravages chez les amérindiens soit simplement liée à la perte de la fréquentation et de la connaissance de la nature. Quid de la colonisation ? Quid de la destruction systématiques des structures culturelles et sociales depuis 200 ans ? Quid de la détresse socio-économique ? [3] Critique logique. Louv fait état de corrélations mais ne montre pas que l’éloignement de la nature est une cause nécessaire et suffisante des troubles dont il parle (Obésité, Trouble du déficit de l’attention et de l’hyperactivité, dépression, retard dans le développement moteur, …). On peut très bien imaginer des situations où la présence de la nature est corrélative des troubles constatés : la guerre et la famine en sont des exemples. Inversement, il est fort possible que le bien-être mis en avant (joie accrue, présence aux choses et aux êtres, diminution de la dépression, gain d’attention, …) soit accessible par tout autre chose qu’une activité dans la nature : la méditation par exemple.

En somme ce que déplore Louv, et qui est peut-être en effet renforcée par la sédentarité, la présence des écrans et par les peurs liées à la perte de la familiarité avec la nature, n’est pas tant un Trouble du Déficit de Nature, qu’un Trouble du Déficit de Présence à soi et à l’extériorité (aux autres, aux choses, au monde) ; extériorité qui se donne plus facilement quand nous cessons d’être confrontés principalement à de l’artificiel ou du domestiqué et quand nous découvrons notre communauté avec tous les membres de la nature.

J’ai conclu sur la possibilité pour l’éducation à l’environnement de viser cette expérience intégrale de la nature : depuis la sensation triviale jusqu’à l’extase mystique dans l’expérience de la totalité en passant par la médiation de la connaissance. La figure idéale qui incarne cette expérience intégrale est ce que Michel Serres appelle le Tiers-Instruit, ce voyageur infatigable de l’existence :

« Le vrai voyageur, le voilà, ce troisième homme, oui, ce Tiers-Instruit à trois têtes et trois cœurs. Il regarde avec ses yeux, il comprend avec sa cervelle et son corps, enfin, chante cet enchantement. Comprendre accroit la beauté visitée qui, alors, se chante. Si vous n’apprenez rien, vous subissez la pluie comme les pierres et les morts ».

Michel Serres, Jules Verne la science et l’homme contemporain, Conversations avec Jean-Paul Dekiss, Éditions le Pommier, Paris, 2003 p. 180.

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