# Ecotopie : Los Angeles Eco-village

En 1992, suite à l’acquittement des policiers blancs ayant passé à tabac Rodney King, un automobiliste noir, la ville de Los Angeles connait de violentes émeutes. Une partie du quartier où se situe l’actuel éco-village – entre Central L.A. et Korean Town – s’embrase. Les fondateurs à l’origine du projet d’éco-village qui pensaient trouver une terre hors de la ville pour fonder une communauté préfèrent alors rester dans le quartier et s’impliquer dans le tissu social urbain plutôt que de délocaliser l’utopie. L’écologie et le respect de la terre demandaient à être intégrés dans un projet d’action sociale au sein d’une ville dont les émeutes avaient révélé les graves tensions.

Los Angeles éco-village fête cette année ses 20 ans. En 1996, un groupe d’activistes a acquis un double immeuble datant des années 20 et a commencé la réhabilitation des logements. A l’époque seulement 20 logements étaient habitables sur les 40 actuels. Lara Morrison, la soixantaine et 18 ans de vie à l’éco-village, a rénové son appartement 1 an et demi plus tard. Elle fut ensuite rémunérée pour s’occuper des rénovations. La propriété appartenait  à un land trust que gérait un des fondateurs. Depuis 3-4 ans, il a revendu ses titres à un autre land trust — The Beverly Vermont Community land trust — composé des membres de la communauté intentionnelle. Les deux immeubles hébergent actuellement 50 habitants. Les cours sont remplies d’arbres fruitiers, de jardins et de fleurs. Un compost par couche entre les cartons, permet de fertiliser la terre urbaine. Des jeux d’enfants occupent un coin. L’éco-village n’a pas de parking. La plupart des habitants vivent sans voiture. Les garages ont été transformés en parties collectives abritant des ateliers d’artisanat, des galeries d’artistes, et des ateliers pour les travaux divers de maintenance et d’amélioration. Les vélos ont depuis longtemps été choisis comme moyen d’échapper en partie à la dépendance pétrolière et en partie à développer des moyens de déplacements urbains plus efficaces et plus respectueux de l’environnement. Peu après leur installation, des membres ont commencé à réparer des vélos dans la cuisine commune. Ils se sont appelés Bicycle Kitchen et se sont constitués en Bike Coop. La structure Bicycle Kitchen, s’est depuis délocalisée dans un lieu propre et essaimée dans tous les États-Unis.  Ils proposaient des cours de mécanique et de pilotage en ville. Cela a été aussi un vivier de défenseurs de la cause cycliste auprès des autorités. J’ai rencontré Somerset Waters, violoncelliste et électricien qui a contribué à organiser l’action de la Bike Coop à destination des enfants. Il a monté depuis une Coopérative d’électricité et travaille notamment à alimenter en panneaux solaires les bâtiments de l’éco-village.

Parmi les éléments de vie commune, les potlucks, pique-niques de l’amitié ouverts à tous, viennent vivifier les liens tous les dimanches soir. Chaque lundi ont lieu les réunions entre les membres où sont discutées en commun les problèmes et les décisions à prendre pour l’organisation. De nombreuses commissions sont responsables de faire fonctionner le lieu : accueil des nouveaux arrivants, banque de temps, préparation à des situations d’urgence, rénovations, jardins, énergie, recyclage, eaux usées… Autant de sujets qui sont pris en charge par des comités au sein de la communauté.

20 ans d’âge, cela signe une belle maturité mais ne signifie pas que tout se passe sans tensions. Aux problèmes de gestions internes (le choix des membres, les questions de diversité, la gestion des règles et de leurs infractions, l’approbation ou le rejet des projets portés par les membres…) s’ajoutent des problèmes issus de l’environnement urbain. Par exemple, les taxes de propriété qui étaient alors d’environ 23 000 $ sont montées récemment autour de 50 000 $, ce qui mettait en péril l’équilibre financier de l’éco-village. Après appel, la taxe a été fixée à 30 000 $ ce qui devrait permettre à l’éco-village de continuer de fonctionner, m’explique Lara.

La moyenne d’âge est autour de 30 ans (allant de 3 mois à 76 ans) et de nouveaux arrivants sollicitent sans cesse l’introduction dans la structure coopérative. Jess et Devon sont parmi ces nouveaux habitants. Ils ont emménagé ici en octobre 2015, quelques mois avant la naissance d’Eli. Jess était professeur d’espagnol dans une école privée. Devon pratique l’ostéopathie dans un salon de massage. Il a suivi des études de théologie comparée et se forme en parallèle de son travail pour devenir thérapeute pour patients autistes ou souffrants de maladies dégénératives. Ils louent 1200 $ pour 70 m2 habitables. Leurs motivations étaient multiples : trouver un lieu où il existe un soutien communautaire pour élever leurs fils, trouver un milieu qui soutient et développe leur sensibilité écologique et bien sûr bénéficier de loyers inférieurs au marché immobilier de Los Angeles. Jess travaille avec une autre membre à développer une crèche puis une école alternative, pour les 5 enfants habitant l’éco-village et s’ouvrant à des enfants extérieurs en tâchant de trouver des subventions pour proposer des tarifs abordables. C’est un exemple des diverses activités qui prennent l’éco-village comme base pour se développer et permettre aux membres d’avoir une activité économique intégrée à la communauté. Nous avons joué de la musique dans la rue avec Jess et Tiago, un brésilien qui propose des cours de musique gratuits à destination des enfants de l’école avoisinante, tous les mercredis. Nous avons discuté avec Devon de la puissance thérapeutique du toucher et des liens entre spiritualité et écologie. Leur accueil était simple, direct et généreux.

La brièveté de mon séjour ne m’a permis que de croiser ou d’entrevoir une multitude de personnes vives et intéressantes. Il aurait sans doute fallu séjourner plus de quelques jours dans ce microcosme pour saisir toute la richesse et les limites de ce mode de vie coopérative en milieu urbain. Mon aperçu a cependant été si positif que déjà j’ai envie de revenir à Los Angeles !

Damien

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