# Nevada : Désert, sécheresse et oasis artificielles

J’ai fêté mon anniversaire dans le désert. Je m’étais réservé une petite nuit de luxe sur les bords du Lac Mead, à Echo Bay. Solitude, calme, beauté. La baignade au crépuscule est douce et voluptueuse. Après avoir roulé sous le poids de 30 degrés dans le désert Mojave, l’immersion a la légèreté d’une caresse qui ranime.

Le Lac Mead est un réservoir sur la rivière Colorado, créé par la construction du barrage Hoover en 1930. Il alimente en eau Las Vegas, l’Arizona et la Californie. À l’été 2015, il a atteint son niveau historiquement le plus bas à 35 % seulement de sa capacité maximum, du fait de la sécheresse et de l’augmentation de la demande en eau. L’année 2016 s’annonce pire que l’année précédente. La région est considérée dans un état de sécheresse exceptionnelle. À Echo Bay, les infrastructures construites il y a 10 ans, un motel et une marina, sont désormais obsolètes et toutes abandonnées depuis 2013. Les campings, pieds dans l’eau, sont perchés plusieurs dizaines de mètres au-dessus du niveau des eaux. On retrouve dans ce qui devait être une station balnéaire huppée, cette ambiance fantomatique des habitations révolues.

Et pourtant, à 60 km de là, on construit sans cesse des « private communities » au milieu du désert, et la demande en eau de Las Vegas et de ses banlieues ne ressemble en rien à une période de restriction : aspersion à tout va, piscines, golfs et accroissement du développement urbain… Je veux éviter à tout prix de mettre les roues à Las Vegas. Je me contente de Henderson, sa périphérie urbaine primée pour ses pistes cyclables, ses parcs et ses activités pour les plus de 50 ans. Je me réfugie dans un café pour échapper à la chaleur et appeler quelques proches pour marquer le passage des 32 années. Je comprends l’illusion de l’air conditionné. C’est cette seule invention qui maintien ce halo fantasmatique autour d’un développement urbain dans un désert et cette insouciance délirante. Sans doute, les casinos rapportent-ils de l’argent, parce que les 30 km parcourus depuis la sortie de la National Recreation Area du Lac Mead, jusqu’à la sortie d’Henderson vers le sud ont été intégralement parcourus sur des voies vertes autonomes. Ou comment maintenir l’illusion d’une oasis artificielle.

Les déserts sont une épreuve. Ils m’effraient. Je ne les connais pas assez. J’y ressens à plein l’hostilité, la dureté, l’inhumanité. J’exagère sans doute leurs dangers comme le ferait un novice face à la puissance des montagnes. Je me suis rendu compte de cela en observant des signes nouveaux de stress. Je me surcharge en eau et en nourriture, je mange encore plus que d’habitude, j’ai tendance à multiplier les pauses dans les lieux tempérés et à repousser l’affrontement avec la chaleur. J’ai aussi égaré plusieurs équipements par distraction. Est-ce l’absence d’échelles facilement évaluables, est-ce l’illimitation qui provoque la dispersion ? Il faudra sans doute revenir aux déserts pour faire l’expérience d’un compagnonnage possible.

Hannah m’a proposé d’écourter la traversée éprouvante, en me faisant profiter d’une navette jusqu’à Redlands, à 100 km de Los Angeles, où elle pouvait visiter sa famille. Les problèmes techniques m’ayant ralenti les jours précédents, je n’ai pas hésité. Je préfère découvrir le dynamisme de la Californie à rouler dans les déserts du Nevada.

Damien

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