# Ecotopie : Avec les Indiens Lakotas pour La Marche la plus longue…

Je me retrouve au cœur d’une situation improbable et réjouissante. Par l’entremise de Mathieu Duvernoy Loup Gris, un collègue prof de philo mais surtout chaman, j’ai été pris sous l’aile de Steven Blue Horse. C’est un Chaman de la tribu des Lakotas : Danseur du Soleil et Dream Catcher, guide spirituel sur la Red Road. Il a pris Mathieu comme neveu, sorte d’élection dans la religion des Lakotas, signe de confiance et de transmission des chants, des rituels, des pipes sacrées.

Vers 11h Steven et Damian (son assistant) viennent me récupérer à la maison de Jason, Jenny et Linus ou j’avais trouvé un havre positif et fertile. Je loge mon vélo dans le coffre du vieux van Dodge de 1996. Me voilà embarqué au cœur des communautés des Native Americans et sans le savoir d’un grand événement appelé Longest Walk 5.

Cet événement est mis en œuvre par deux leaders des peuples indigènes, Dennis Banks et Orlando Vigil. Le groupe est parti de La Jolla Shores en Californie pour rallier Washington, D.C. Le but est de faire émerger une conscience citoyenne autour des problèmes de drogue et de violence domestique dans les communautés indiennes. Ils étaient à ce moment à Albuquerque pour leur 42e jour et dormaient tous chez Steven !

A midi, nous nous retrouvons dans une Eglise-hangar où se mélangent de façon pittoresque et improbable prêches d’évangélistes enthousiastes et écoute polie de jeunes amérindiens tolérants mais peu dupes. En réalité, l’Eglise payait le repas et offrait un support matériel, touchée elle aussi par la cause défendue. Mais les pasteurs successifs ne pouvaient s’empêcher de vouloir convertir ces descendants de sauvages, en citant Jésus à toutes les sauces, et en voulant absolument sauver tout le monde des flammes de l’enfer.

La situation m’était difficilement supportable. Je n’avais aucune obligation vis-à-vis de ces fanatiques généreux. Je me disais que la contradiction était frappante : les délires missionnaires ont contribué à la domination coloniale, à la déstructuration des communautés indiennes et à la disparition des cultures sous l’hégémonie de la culture libérale, pragmatiste et utilitariste.

En rentrant, Steven dira : « Un native qui se convertit au christianisme est comme un juif qui devient nazi ». Il y a le même sentiment d’appartenance à un peuple génocidé sous une idéologie colonisatrice. Les Églises sont la réminiscence de cette domination coloniale. Malgré leur tolérance, elles expriment la négation de la valeur des cultures des peuples indigènes de façon éhontée, le tout pavé des meilleures intentions du monde.

Je parle avec Kid, un ancien Rocker, qui maintenant dirige les coureurs participant à la marche : il me dit qu’il a lui même fait l’expérience d’un proche en proie à une addiction à l’héroïne. Partout où ils passent les gens sont touchés par le mouvement et témoignent de la catastrophe et de la gravité de la situation : dans les écoles, comme substitut à une absence de structure culturelle, comme réaction à une influence médiatique décourageante… Je découvre ainsi un pan de la misère sociale terrible qui règne dans ces communautés indiennes, gangrénées par les gangs, la corruption, la défonce et l’alcoolisme. Signe de cette déréliction sociale, la vague de suicides chez les 18-24 ans atteint des niveaux sans précédent.

Kid a tendance à interpréter les problèmes comme déficits personnels, manque de confiance, de perspectives et d’espoir social. Je ne peux m’empêcher de voir la conséquence au plan individuel des destructions culturelles depuis 200 ans imposées d’abord par la violence armée, puis de façon plus insidieuse, par le modèle économique néolibéral. D’ailleurs, il n’y a que peu de remise en question de cela ici : la consommation, les grandes enseignes, les fast-foods, les casinos,… tout cela fait rêver. L’argent facile, les subventions se mêlent à une résistance à l’exploitation du salariat pour déconsidérer le travail. Et sans le savoir, les indiens tirent en 2 sens opposés : pour préserver les traditions et se battre pour la dignité culturelle et pour la promotion du modèle unique de la culture néolibérale anglo-saxonne …

Hutte à sudation

Le lendemain matin, j’ai eu le privilège de partager une hutte à sudation avec les indiens marcheurs coureurs, Dennis Banks, Steven Blue Horse et Lesa, sa femme. Je ne connaissais que le principe physique de la sueur par vaporisation d’eau sur des pierres volcaniques au sein d’un foyer. En réalité, je me suis retrouvé au cœur d’un rituel visant à reconnecter chacun avec soi-même, avec les ancêtres et avec le reste de la communauté, en s’en remettant à Tunkashila, le ciel-créateur, et à la Terre-Mère. Damian est levé à 5h30 pour préparer le feu et les pierres. Avant la cérémonie, Dennis Banks prend la parole : il rappelle la puissance du message de soutien aux drogués et aux alcooliques des communautés de Native Americans. Il rappelle le sens de la marche : apporter une transformation spirituelle pour une reconnnexion avec les valeurs qui donnent de l’espoir. « C’est par la connexion à la terre que nous pouvons ensuite nous connecter avec les personnes et trouver un avenir possible dans ce monde et cette communanuté ». Il insiste sur la dimension de réelle violence à laquelle ils sont confrontés. Il appelle à l’élévation spirituelle comme moyen de faire vivre la tradition et retrouver les valeurs des indigènes dans ce monde sans repère.

Commencent alors les 4 étapes de sudation. Steven Blue Horse jette l’eau sur les pierres. L’air devient brulant. Il y a des chants et des tambours entrecoupés de moments où Steven appelle à la prière pour les ancêtres, pour ceux qui souffrent, pour ceux que l’on veut remercier. Par trois fois, la hutte s’ouvre pour réactiver le foyer de pierres écarlates. C’est le moment que choisit Steven pour expliquer le sens de la cérémonie et inciter chacun à s’en remettre aux esprits présents : Blue boy, Yellow horse,… esprits positifs, adjuvants dans les processus de purification et de renforcement des volitions. Il explique que les pierres sont des ancêtres et que l’on peut tous entendre leur énergie si l’on prête attention. Avant la dernière série de sudation, plus intense que les autres, il y a un tour de parole où chacun est invité à formuler une prière. C’est souvent un mélange entre une confession très personnelle et une aspiration pour la communauté. C’est là où les émotions peuvent s’exprimer et les drames personnels affleurent. C’est aussi là que d’étranges syncrétismes avec la culpabilité et avec la sur-volonté chrétienne produisent parfois des propos étonnants.

Je me prête au jeu, remercie tous ceux qui prennent soin de moi dans le voyage et sont des graines d’espoir par leur cœur ouvert. Je prie pour que les hommes retrouvent cette reconnexion à la terre, qui permet ensuite de se reconnecter entre eux sur d’autres modes que la violence, la domination, l’avidité, la peur. Aho !

L’intensité est non-feinte. C’est plus qu’un sauna. On ressort de là vidé, fatigué, mais calme et vibrant. Tout le reste de la journée sera une lente digestion de cette cérémonie.

Marche et course

Le jour suivant, je participe à la course. Il s’agit de parcourir en relais une centaine de kilomètres dans la journée. Je cours 4 km. L’effort musculaire est très différent du pédalage. Je vais doucement. Il est bon de se mouvoir dans cette vallée désertique. Je marcherai le jour suivant une quinzaine de kilomètres avec le groupe. Dans les réserves traversées, le groupe est accueilli avec gratitude et générosité. Il bénéficie de repas et de gites pour se protéger du vent violent et de la neige passagère. En partant, les marcheurs me laisseront un virus qui m’alitera 2 jours dans la fièvre et une violence intestinale certaine. Steven et Lesa y passeront après moi. Joies de la collectivité !

Tous les marcheurs avec qui j’ai discuté ont une histoire personnelle et familiale marquée par les problèmes de violence, d’alcoolisme, de drogue. La plupart ici présents sont actifs pour résister à la déréliction. Il y a une fierté à ne pas se laisser aller dans le tourbillon. Il y a de l’espoir dans ces cœurs déchirés. Merci Regina, Simon, Aiva, Kerry, Nathan, Leonard, Tony, Andre, Ray et merci à tous les marcheurs de la Longest Walk 5 !

Damien

 A Nicoss !

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