# Floride : Dieu aime le bio !

Je sors de Naples direction Venice. Les promoteurs du 19ème avaient la ferveur romantique de l’italianité. L’homonymie invite à constater qu’il n’y a pas de comparaison possible ! Depuis la route, je vois des plantations sur une grande plaine sablonneuse et des personnes s’activant dans les rangs de légumes. Je m’arrête.

Estero est une petite ville de la côte du Sud-Ouest de la Floride (18 000 habitants). Il y fait chaud en hiver, très chaud en été. C’est envahi de retraités blancs. La moyenne d’âge y est de 61 ans. C’est une zone côtière résidentielle qui laisse place à de l’agriculture intensive à l’intérieur des terres.

Le hasard me fait ainsi rencontrer les jardins communautaires de l’Eglise méthodiste unie d’Estero. Créés il y a 6 ans à l’initiative d’une paroissienne sur les terres inutilisées propriétés de l’Eglise. L’espace dédié n’a depuis cessé de croître, de prendre de l’ampleur, d’impliquer plus de personnes et d’acteurs sociaux.

Jardins communautaires de l’Eglise méthodiste unie d’Estero :

« Nous faisons croître des plantes mais nous faisons aussi croître les relations humaines »

L’intention était de valoriser un terrain à disposition pour produire un jardin biologique tout en renforçant les liens communautaires. S’y retrouvent maintenant impliqués tous ceux qui veulent rendre service et y trouvent un intérêt : des membres de l’Eglise (notamment des retraités et des veufs), des gens du quartier, les enfants d’une école élémentaire, des étudiants d’une université voisine ayant besoin d’un volontariat pour valider leur diplôme, des associations d’aide à des jeunes filles victimes d’agressions sexuelles.

Quelques figures tutélaires m’accueillent, me font visiter le jardin et sont les référents techniques : Farmer Joe, Erick et Mme X pour les cultures urbaines. Cette dernière a suivi une formation aux techniques de permaculture et de culture urbaine à Echo global farm (une ONG qui lutte contre la faim dans le monde par la diffusion de techniques agroalimentaires visant l’autonomie vivrière…).

On me montre ainsi les vermi-composts (sorte d’élevage de vers de terre par décomposition de déchets organiques), les cultures sur tables permettant aux personnes âgées ou blessées du dos de travailler, les parcelles de tomates, celles récemment plantées de petits pois, les parcelles réservées aux scolaires, et de nouvelles terres en train d’être préparées avec du compost et de l’arrosage au goutte à goutte pour constituer un sol arable là où il n’y a d’abord que du sable.

Le jardin fonctionne grâce au bénévolat, au prêt du terrain par l’Eglise et à des dons locaux (par exemple pour le compost). L’organisation est simple : les mardis et jeudis tous ceux qui le peuvent viennent participer aux tâches requises par la saison, le samedi ce sont les enfants qui s’occupent de leur parcelle.

Le principe de répartition de nourriture ? « Take what you need and leave what you don’t need » : Prenez ce dont vous avez besoin et laissez ce dont vous n’avez pas besoin. C’est donc une culture à visée d’appoint temporaire. Elle permet de faire des bonnes œuvres de temps à autre (en donnant aux plus démunis), mais l’organisation ne vise visiblement pas la productivité !

Je demande si l’initiative a une motivation écologique ? Farmer Joe me regarde goguenard en me disant qu’il y a beaucoup d’avis différents sur le changement climatique, qu’à son avis tout cela est « over blown », « surfait » en somme et que le vrai problème réside en Chine et en Inde plutôt qu’aux États-Unis. Bien sûr, il prétend que l’intention initiale était de produire des légumes bios et donc de sensibiliser aux conditions de croissance d’un légume sans pesticide, herbicide ou fertilisant.

Le jardin communautaire a-t-il changé sa façon de manger ou d’acheter sa nourriture ?

« Non. il n’y a pas tant de différence entre les légumes qui poussent au jardin et ceux qu’on achète en grande surface. Ils sont meilleurs, mais c’est simplement parce qu’ils sont cueillis à point et donc plus frais »…

On peut donc produire de la nourriture localement et biologiquement sans avoir conscience de la transformation du rapport à la nature ou de la dimension politique du geste. Soit. C’est sans doute que la motivation et la fonction primordiale est ailleurs : dans l’action sociale attachée à l’Eglise. Cela a recréé de l’occupation et du lien pour les veufs et veuves de la communauté, cela permet à des adolescentes abusées sexuellement de retrouver une forme de confiance grâce au travail de la terre, cela permet aux enfants d’apprendre à jardiner. « Les piliers sont membres de l’Eglise mais tout le monde est bienvenu au jardin », me dit-on. Farmer Joe donne aussi les cours de bible le mercredi. Quel est alors le rapport de ce jardin avec sa foi ? Il m’avoue profiter du jardinage pour donner quelques leçons bibliques aux enfants de l’école élémentaire qui travaillent dans le jardin : de quoi a-t-on besoin pour faire pousser une plante ? Le bon sens enfantin répond : de graine, de terre, de soleil et d’eau. Et farmer Joe d’ajouter : « mais c’est Dieu qui fait pousser la plante. L’autre jour, au cours de Bible, je demandais quels étaient les signes de la présence de Dieu dans le quotidien. Une personne m’a répondu : le jardin communautaire ». Je n’allais pas essayer de lui expliquer la distinction entre les causes (qui expliquent un phénomène) et les raisons (qui lui donnent du sens). J’ai l’impression que le bon sens enfantin produit moins de confusion que l’enthousiasme méthodiste. Mais soit, Dieu aime les légumes bios, il a sans doute d’ailleurs commencé par ne produire que du bio !

Damien

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