# Everglades : A Contre Vent

Le vent est une donnée primordiale pour les parapentistes, car leur décollage, leur sécurité en l’air, leur atterrissage, en un mot leur vie, en dépend ! Pour le vélo, cela semble à première vue moins dramatique, car le vent se réduit à la condition d’adjuvant ou d’opposant. Soit il pousse et le pédalage est doux, soit il contre et la résistance offerte produit des effets intéressants !

Sur la route des Everglades, j’ai eu un vent fort dans le nez pendant 5 heures. Ce qui m’a donné le loisir d’y songer !

  • Cela produit une réaction : alors que quand nous avons le vent dans le dos nous ne freinons pas pour garder la même vitesse, quand le vent est de face, la tendance est spontanément de forcer pour garder la même vitesse. Dans le premier cas, c’est la quantité de force fournie qui est constante et la vitesse s’accroît. Dans le second cas, c’est la quantité de force qui s’accroît et la vitesse n’arrive pas à être constante ! Pourquoi ? C’est sans doute que l’objectif joue son rôle de régulateur de l’action. S’il est atteint, c’est bien. S’il est plus vite atteint, c’est mieux.
  • Cela produit de la frustration voire de la colère : on en veut à ce « putain de vent » – qui au passage devient un compagnon auquel le cycliste s’adresse régulièrement ! On voudrait que les conditions soient autrement. On voudrait qu’il arrête de nous souffler dans le nez…

Mais l’aïkido m’a appris que nos réactions spontanées dans l’adversité, souvent par accroissement de la force opposée, sont rarement les plus efficaces ! Et la sagesse des Stoïciens et notamment d’Epictète dans son Manuel, nous fait remarquer qu’il y a des choses qui dépendent de nous et d’autres qui n’en dépendent pas. Vouloir changer les choses qui ne dépendent pas de nous, c’est se comporter comme un fou et produire de la tristesse. Au contraire, le sage comprend que sa véritable liberté réside dans sa capacité infinie disait-il, de transformer la façon de se représenter et de juger ces événements avec lesquels il doit nécessairement composer : par exemple le vent pour le cycliste.

On peut s’arrêter. On peut changer son itinéraire. Mais comme l’avancée était possible (il n’y avait pas 50 km/h avec une tempête de sable comme certains cyclistes essuient dans le désert de Gobi) et que, grosso modo, il n’y pas de courbes sur les routes de Floride, je me suis amusé à changer mes désirs plutôt que l’ordre du vent : si l’on tente non pas d’atteindre l’objectif comme prévu, si l’on s’en tient à ses sensations et que l’on se concentre sur un effort constant, alors bien sûr la vitesse diminue relativement à la force d’opposition du vent. Cependant, la façon de vivre le vent s’en trouve totalement modifiée. Le vent devient normal. Il n’y pas de sur-effort. On n’a pas cette idée bizarre de s’endetter d’efforts à cause du vent ! Cela devient une nouvelle situation avec un autre équilibre mais tout aussi soutenable. Le parallèle avec la montée m’a frappé. On dit qu’il est plus dur de monter en vélo. Je ne le crois pas. Sauf si on veut aller en montée aussi vite que sur le plat ! Mais si on accepte d’aller tout simplement plus doucement, alors il est possible de soutenir un rythme confortable dans la montée, comme inversement il est possible d’avoir très mal sur le plat, en voulant aller trop vite !

Je n’ai pas atteint mon objectif. J’ai dû exercer pour la première fois la qualité première du voyageur : la souplesse et l’adaptation à la situation. J’ai renoncé à m’engager dans les Everglades sur l’US 41, qui est une sorte de nationale (même avec un bon bas-côté). J’ai renoncé au Midway Campground du Big Cypress National Preserve. Je dors dans un endroit étrange : au niveau d’un « village » qui est plutôt un arrêt sur l’US 41 où les gérant du café proposent des balades en Airboat (une horreur locale où une énorme hélice propulse une barge à fond plat sur les canaux creusés dans la mangrove ou les plaines humides). De l’autre côté d’un canal, qui est en fait une voie pour drainer l’eau de cette immense zone humide qu’est toute la métropole de Miami, et qui fait fonctionner d’énormes stations de pompage envoyant cette eau ailleurs que là où les gens veulent vivre. Et à côté d’un embarcadère désaffecté, 2 tables de piquenique croulantes et une poubelle vomissante, j’ai planté ma tente. J’espère que les alligators locaux sont aussi cool que ceux du parc plus au Sud ! Quand la route se tait, la nature laisse exploser son concert nocturne fantastique !

Damien

A ZEUS, soutien de la première heure qui n’est pas sans lien avec Éole ! 

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2 réflexions sur “# Everglades : A Contre Vent

  1. Salut Damien, si tu arrives à attraper un gros lézard (crocodile) ramène le je te ferai des tiags avec.
    Super de tout coeur avec toi.
    J’ai remonté les bretelles à Eole, il devrait être plus cool avec toi
    A+ petit scarabée
    Zeus

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